Traversée de l’Atlantique

Lundi 12 janvier 2015 Extrait du journal de bord

9h30: Moteur allumé, le  bateau est prêt, avitaillé en eau et nourriture pour 40 jours. Equipage reposé et nourri.

9h45: ancre levée et Grand Voile hissée avec deux ris. Départ de la baie de Mindelo.

A 762 milles de Tobago soit environ 8 jours de navigation

La traversée de l’Atlantique paraît bien douce après cette bonne dizaine de jours d’accoutumance. Un évènement bien malheureux est en effet venu perturber nos débuts dès le troisième jour: la panne irrévocable de notre pilote automatique. Nous avons bien un régulateur d’allure (pour les novices: une autre sorte de pilote automatique réagissant au vent) qui s’est également révélé inefficace car pratiquement insensible par vent arrière malgré les efforts de réparations de nos techniciens de bord. La nouvelle est alors tombée: nous allions devoir barrer 24h sur 24h sur toute la traversée de l’Atlantique, à l’ancienne.
Paradoxalement cette panne inattendue a eu de nombreux aspects bénéfiques. Elle s’est révélée être une véritable nouvelle invitation à la contemplation, face à cet océan qui peut parfois paraître lassant. En barrant chacun 6 heures par jour à intervalles de 2 heures, on a plus loisir à l’apprécier, à s’y oublier, à en percevoir les subtils changements. Soudainement on voit un banc de poissons volants surgir à l’unisson de l’eau, des formes mystérieuses apparaître puis disparaître ou encore des ailerons faire silencieusement surface. Un jour, nous avons d‘ailleurs eu la visite d’un curieux mammifère ou plutôt d’un mammifère bien curieux: un orque!
On redécouvre aussi la nuit et ses différents moments: le crépuscule et l’assombrissement du ciel, l’apparition des étoiles, tous ces mouvements de constellations qu’il faut identifier pour ne pas perdre son cap, la phosphorescence de l’eau, les changements de lune et donc de lumière, ses levers et couchers, l’aube et la lente apparition du soleil…

«Comme nous filons vers l’Ouest comme le vent, nous distançons petit à petit la Grande Ourse. Alors de belles nuits sans lune déroulent pour nous un firmament renouvelé et ponctué d’étoiles filantes qui se fichent bien du sens des Alizés» Extrait du Journal de bord

A 395 milles de Tobago soit environ 4 ou 5 jours de navigation

Repas du jour:     Entrée: Tartare de daurade coryphène
Plat: Lasagnes de daurades coryphène
Dessert-goûter-dîner: Tarte aux poires caramel beurre salé maison

Que fait on sur un bateau pendant 19 jours au beau milieu de l’Atlantique? Il y a surement mille façons de vivre une traversée, la notre fera peut être écho à certaines expériences ou non. Pour nous cela s’est résumé à une sorte de paisible journée et nuit sans fin, ponctuée des occupations suivantes: de la lecture, de l’écoute de beaucoup de musique, d’émissions radios et de livres audios, beaucoup de cuisine, de la pêche (6 daurades coryphènes), des siestes, tenir la barre, encore beaucoup de cuisine, faire le point….

Une période suspendue où chacun semble avoir vécu une petite parenthèse intérieure rythmée par quelques moments de réflexion et de solitude à la barre, au repos ou plongé dans certaines lectures; et d’autres instants autour de notre petite communauté.

A 133 milles de Tobago soit environ 1 journée et quelques de navigation!!!

Chacun d’entre nous va très souvent vérifier la distance restante. Le temps paraît long et on peste devant ce vent qui mollit.

Plus que 66 milles. 47 milles. 15 milles! On aperçoit la terre qui disparaît presque aussitôt sous l’obscurité. Il est alors 20h00 à notre montre.

Le 30 Janvier 2015 à minuit – Après exactement 19 jours de mer

Nous jetons enfin l’ancre à Pirate’s Bay! Nous retrouvons d’ailleurs deux bateaux copains qui nous accueillent chaleureusement, nos premiers compatriotes humains depuis 20 jours maintenant! On distingue les contours de la baie, on devine les collines touffues, l’air est envahi de cette nouvelle odeur de forêt humide et tropicale, mais tout est encore dissimulé par l’obscurité. Comme un cadeau qu’on déballe à Noël diront certains, il faudra attendre le lendemain matin pour découvrir cette baie des Pirates, mais ça c’est une autre histoire…
Petit Bilan technique de la traversée

Route choisie : Tout est possible dans le ciel, on voit même des nuages en forme de canard. Mais en tout cas au vu des informations météo que nous regardions depuis des mois, la zone la plus stable en vent semblait être entre le 11ème et le 12ème parallèle. Ce que nous avons fait et nous en sommes plus que satisfaits.

Météo : Au départ de Mindelo nous avancions seulement sous trinquette car il y avait beaucoup de vent entre Sao Vicente et Santo Antao, puis en passant a 10 milles au sud de Santo Antao c’était le bordel, avec le vent qui tournait à 36 degrés et la houle venant de deux directions différentes. Les quatre premiers jours nous avions du vent d’Est Nord-Est 20nds environ puis cela a baissé a partir du 5ème jour pour se stabiliser à 15nds pendant une semaine. A partir du 12 ème jour nous n’avions plus que 10nds de vent jour et nuit. Le seul grain subi est survenu 2 jours avant l’arrivée à Tobago et la pétole qui s’en est suivie n’aura duré que 2h. C’est donc une météo plus que favorable qui nous a portés tout au long de cette traversée. Justifiant la route choisie.

Avitaillement en eau: Dans les cuves, 450 litres. En bouteilles: 180 litres. A l’arrivée nous avons encore tenu 2 semaines avec les cuves et les bouteilles.

Voiles utilisées : Comme à notre habitude, nous n’utilisons pas la grand-voile au portant, nos voiles d’avant seules nous apportent largement la puissance nécessaire et nous permettent surtout de descendre plein vent arrière sans risque d’empannage.
Nous utilisons donc notre spi jusqu’à 15nds de vent, sauf la nuit. Au delà le génois tangonné prend la relève jusqu’à 20nds.
Moyenne de vitesse: 10nds de vent sous spi nous portent à 5nds. 15nds de vent sous spi nous portent à 6nds ou à 5nds sous génois. Au dela de 20nds de vent nous avançons moins vite car nous réduisons considérablement pour le confort et le matériel.
Au final nous enregistrons donc une moyenne de 5nds pour les 2190 miles entre Mindelo et Tobago que nous avons parcouru en 18 jours et demi.

 

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